Un vent d’air chaud, des palmiers saturés de lumière, un bitume immaculé et cette impression immédiate que le temps s’est figé il y a vingt-cinq ans. Ce week-end, manette en mains, j’ai enfin pu poser les doigts sur la fameuse bêta fermée du tout nouveau Crazy Taxi, ce projet très surveillé annoncé dans la grande vague de résurrections de licences cultes initiée par SEGA. Pour les habitués du blog, inutile de rappeler que la borne d’arcade originale sur NAOMI et son portage magistral sur Dreamcast occupent une place sacrée dans nos cœurs de passionnés. Sorti en 1999, Crazy Taxi, c’était la quintessence absolue de l’esprit arcade selon SEGA : un concept d’une simplicité insolente, un chrono qui fond à vue d’œil, des dérapages insensés dans les artères d’une San Francisco fantasmée, des piétons qui plongent sur le trottoir et, par-dessus tout, une énergie punk-rock survoltée.
Alors, que vaut cette nouvelle mouture moderne ? Dès les premières minutes sur cette session fermée, un sentiment prédomine : le fameux « Blue Sky » de SEGA n’a pas pris une ride.

Un Crazy Taxi proche de tous les codes de l’original
Visuellement, l’hommage est vibrant. Fini la morosité ou le photoréalisme terne qui plombe tant de productions actuelles. Ici, le ciel est d’un bleu éclatant, les couleurs claquent sans retenue, et la ville déborde d’une luminosité communicative qui rappelle immédiatement les grandes heures des studios AM3 et Smilebit. Le moteur tourne impeccablement, affichant une fluidité à toute épreuve qui rend justice à l’héritage arcade.
Côté sensations de conduite, le constat est tout aussi rassurant : les développeurs ont compris la recette. On retrouve instantanément cette physique semi-lourde mais ultra-réactive si caractéristique de la série. Le taxi mord la trajectoire avec nervosité, les dérapages claquent au quart de tour et le moindre saut sur les collines déclenche cette grisaille d’adrénaline qu’on croyait réservée à nos souvenirs d’époque. Prendre un client, couper à travers un centre commercial, bondir depuis un parking aérien et freiner en catastrophe sur la zone de dépose : le noyau dur du gameplay fonctionne toujours à merveille. On sourit bêtement, le pied au plancher, emporté par un dynamisme qui n’a rien perdu de sa superbe.

Pas de test sur le solo, uniquement du multijoueur
Le parti pris de SEGA sur cette bêta est clair : pousser le titre vers l’arène connectée, avec des courses effrénées où plusieurs chauffeurs se disputent les mêmes clients et se rentrent dedans pour voler des courses ou accumuler le plus gros pourboire dans un temps imparti. Sur le papier, le chaos est amusant pendant une poignée de parties. Entre amis, les collisions improbables et les coups fourrés arrachent quelques fous rires. Mais une fois l’effet de surprise dissipé, la formule montre rapidement ses limites.
Le multijoueur compétitif tel qu’il nous est présenté manque de profondeur tactique et tourne trop vite à la foire d’empoigne un peu brouillonne. À trop vouloir transformer l’expérience en un jeu-service festif taillé pour le jeu en ligne moderne, on perd cette rigueur millimétrée qui faisait tout le sel du jeu d’origine. Dans Crazy Taxi, la compétition a toujours été un duel intime entre le joueur, sa mémoire de la carte, son sens de la trajectoire parfaite et le compte à rebours impitoyable. Diluer cette tension dans une mêlée générale en ligne laisse un arrière-goût d’inachevé.
En quittant la session dimanche soir, j’étais donc partagé entre un franc enthousiasme mécanique et une vraie frustration de contenu. Le moteur est là, le punch est intact, l’ambiance visuelle fait mouche, mais l’enrobage proposé pour le moment ne répond qu’à la moitié de l’équation.

Alors on l’attend ou pas ce reboot du Crazy Taxi culte de la Dreamcast ?
Ce nouveau Crazy Taxi ne pourra pleinement réussir son retour que s’il propose un mode solo massif, complet et soigné. On veut une grande ville ouverte à explorer librement, des dizaines de défis chronométrés à la manière du mythique Crazy Box, des passagers loufoques avec leurs répliques ciselées et des classements mondiaux au score pour raviver la flamme du contre-la-montre pur et dur. L’infrastructure multijoueur peut être un bonus sympathique pour s’amuser entre potes, mais elle ne doit en aucun cas devenir le cœur exclusif du titre au détriment de l’essence même de la franchise. Espérons maintenant que l’éditeur entende les retours des passionnés : le potentiel pour signer un très grand retour est évident, à condition de ne pas oublier le plaisir solitaire et exigeant qui a forgé la légende jaune et à damier.




